Interventions non médicamenteuses : de quoi parle-t-on vraiment ?
Entretien avec un représentant de la NPIS (Non-Pharmacological Intervention Society) — définitions, niveaux de preuve, critères d'évaluation et enjeux concrets pour les établissements sanitaires et médico-sociaux.
Les interventions non médicamenteuses (INM) occupent une place de plus en plus importante dans les établissements sanitaires et médico-sociaux. Mais que recouvre exactement cette notion ? Comment distinguer une intervention fondée sur des preuves scientifiques d'une pratique dont l'efficacité n'a pas encore été démontrée ? Pour répondre à ces questions, nous avons rencontré un représentant de la NPIS, société savante internationale engagée dans le développement, l'évaluation et la promotion des INM auprès des professionnels, des usagers et des institutions.
Contrairement à une idée répandue, une intervention non médicamenteuse ne désigne pas simplement une activité agréable ou un soin de confort.
Il s'agit d'un protocole de prévention santé ou de soin efficace, personnalisé, non invasif, référencé et encadré par un professionnel qualifié (Livre blanc, NPIS 2024).
C'est donc une intervention de santé structurée, destinée à prévenir, soulager ou traiter un problème de santé identifié. Selon les situations, ces interventions peuvent être réalisées par différents professionnels formés et/ou intégrées à une prise en charge pluriprofessionnelle.
L'évolution des besoins de santé explique en grande partie cet intérêt croissant.
Le vieillissement de la population, l'augmentation des maladies chroniques, les troubles neurocognitifs, ou encore la volonté de limiter les prescriptions médicamenteuses lorsqu'elles ne sont pas indispensables, conduisent les établissements à rechercher des approches complémentaires.
Lorsqu'elles sont choisies et mises en œuvre de manière adaptée, les INM peuvent contribuer à améliorer la qualité de vie, favoriser l'autonomie, diminuer certains symptômes et renforcer l'adhésion aux soins.
C'est probablement l'une des questions les plus importantes. Comme pour un médicament, toutes les interventions ne disposent pas du même niveau de preuve scientifique. Certaines ont fait l'objet d'études robustes, d'autres sont encore en cours d'évaluation, et certaines ne disposent pas, à ce jour, de données suffisantes permettant de conclure à leur efficacité.
Selon le cadre d'évaluation NPIS Model, co-construit par la NPIS et plus de mille personnes aux expertises variées, une INM répond à cinq exigences rigoureuses :
Selon les populations prises en charge et les objectifs visés, les établissements peuvent mettre en œuvre différentes interventions, parmi lesquelles :
- Des programmes d'activité physique adaptée ciblés
- Des interventions de stimulation cognitive
- Des protocoles d'éducation thérapeutique du patient
Le choix dépend toujours des objectifs recherchés, du contexte clinique et des données scientifiques disponibles. Il n'y a pas d'intervention universelle — c'est précisément la logique de personnalisation qui distingue une démarche INM rigoureuse d'une simple proposition d'activité.
Le développement des INM ne se résume pas à proposer de nouvelles activités. Il suppose une démarche structurée à plusieurs niveaux :
- Choisir des interventions adaptées aux besoins réels des patients ou résidents
- Former les professionnels à leur mise en œuvre
- Organiser leur intégration dans le planning de soins
- Évaluer leurs résultats de manière objective
- Les inscrire dans le projet de soins et dans la démarche qualité de l'établissement
C'est à ce prix que les INM peuvent trouver leur juste place dans la prise en charge globale des personnes accompagnées.
Les INM ne doivent pas être opposées aux traitements médicamenteux. Elles constituent, lorsqu'elles sont indiquées et fondées sur des données probantes, un complément susceptible d'améliorer la qualité des soins et l'expérience des patients. L'enjeu est avant tout de promouvoir des interventions validées et adaptées aux besoins des personnes accompagnées.
Les INM représentent aujourd'hui un enjeu important pour les établissements de santé et médico-sociaux. Leur développement repose sur un principe essentiel : privilégier des interventions dont la pertinence et l'efficacité sont démontrées, en complément des autres modalités de prise en charge. Une INM rigoureuse, c'est un protocole structuré, évalué scientifiquement et intégré dans une démarche globale de qualité des soins.